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Insécurité alimentaire : L’Ultime Combat, une enquête Ushuaïa TV

Consacrée à l’insécurité alimentaire dans le sud-Bénin, la nouvelle Enquête Ushuaïa TV illustre des défis de la faim et la malnutrition dans le département du Mono.  On y retrace l’histoire de Paul Kakpo : ce fils de pasteur rentré au Bénin pour créer dans son village natal de Grand Popo , une ferme 100% biologique . « Insécurité alimentaire : l’ultime combat », est le titre de cette Enquête d’Ushuaïa TV sur le Bénin à découvrir à partir du 19 mai sur Ushuaia TV.

Synopsis

Au Bénin, 34% des ménages sont confrontés à l’insécurité alimentaire. Dans un département comme celui du Mono, l’accès à la nourriture pour les familles est un combat renouvelé au quotidien. La malnutrition y touche 1 enfant sur 3… le poisson se raréfie , empoisonné par la pollution , les paysans sont contraints de brader leurs terres  à des investisseurs étrangers ou de céder à des rendements à court terme à grand renfort de produits chimiques. A l’aube de ses 60 ans, Paul Kakpo, a choisi, après 30 ans passés en France de rentrer chez lui, dans le sud du Bénin pour entrer en résistance. En marge des actions de développement menées par le Programme Alimentaire Mondial, Paul, le fils de pasteur, tente un pari fou : développer une ferme agricole 100% bio… à la clé, engrais et insecticides naturels, énergie solaire et… éducation !

« Insécurité alimentaire : l’Ultime combat » est une enquête Ushuaïa Tv Bénin, écrite et présentée par Christine Oberdorff et réalisée par Christian Roche avec la collaboration de Jérémie Eloy, Guillaume Le Corre, Hugo Metz et Christian Holl. Il sera diffusé sur Ushuaïa TV le mardi 19 mai à 20h45 et le samedi 23 mai 2015 à 07:48.

Au Bénin, pas de guerre, pas de famine, l’ancien royaume du Dahomey a même été épargné par le virus Ebola. Mais ce pays francophone d’Afrique de l’Ouest fait face à un péril plus pernicieux… une véritable bombe à retardement : l’insécurité alimentaire.

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L'agriculture familiale : que nous disent les experts?

Dossier Expert 5-5 : De la diversité des agricultures familiales – Pologne

Introduction : Ce billet sur la Pologne est le cinquième que nous publions sur les définitions contextuelles de l’agriculture familiale. Le troisième pays d’Europe dont Grain de Sel (2007) sort la définition sur l’agriculture familiale est ainsi la Pologne, un pays d’Europe Centrale.

Agronome intarissable sur l’histoire de son pays comme sur l’avenir de son agriculture, Piotr Dabrowski, syndicaliste et ex Vice-ministre polonais de l’agriculture est celui qui est interpellé pour définir l’agriculture familiale en Pologne :

 «L’agriculture familiale, c’est aussi difficile à définir que le ciel ou la terre. Ce mode d’agriculture est encore majoritaire sur notre territoire. C’est tellement important que nos voisins nous appellent les « habitants des champs », le mot Pologne venant de cette expression. Pour moi il y a plusieurs éléments à prendre en compte pour parler d’exploitation familiale. D’abord il faut que la famille vive sur l’exploitation et garde le contact direct avec le travail de la terre. Le deuxième élément, qui est le plus important, c’est la fonction de formation car, sur l’exploitation familiale, on forme ses enfants. Une ferme familiale existe aussi par les liens qu’elle entretient avec ses voisins dans son village. Il n’est pas facile de déterminer le rapport entre la ferme familiale et la taille de l’exploitation. C’est d’ailleurs pour moi un piège. Ainsi par exemple on peut imaginer une ferme faisant de l’élevage extensif sur 500 ou 1 000 hectares qui soit gérée par une famille avec quelques ouvriers agricoles. Par contre une ferme qui fait plusieurs milliers d’hectares, ce qui existe en Pologne, qui a un ou deux tracteurs conduits par GPS avec un ouvrier travaillant à côté d’une famille n’est plus une exploitation au sens traditionnel, c’est une usine de production de matières premières agricoles.
Les paysans ont été les premières victimes des évolutions économiques qu’a connues la Pologne depuis 25 ans, avec la mise en place d’un libéralisme très sauvage. Une opposition démocratique au libéralisme a cependant mis en avant l’agriculture familiale en intégrant en
1993 cette notion comme une priorité dans son programme. En 1995, il a été inscrit dans l’article 23 de la Constitution que : « l’exploitation familiale est à la base du système agraire de l’État ». Mais cela n’a pas été défini plus précisément…»

Conclusion : Ainsi l’agriculture familiale est inscrite dans la constitution en Pologne. Cela peut-être vu dans le même sens que le Ministère de l’agriculture familiale au Brésil. Même si elle est aussi difficile à définir comme l’introduit Piotr Dabrowski, il a quand même bien caractérisé l’agriculture familiale telle qu’elle se vit en Pologne, autant que l’a fait Djibo Bagna du Niger.

L'agriculture familiale : que nous disent les experts?

Dossier Expert 5-4 : De la diversité des agricultures familiales – Niger

Introduction : Avec ce quatrième billet de la série de dix billets sur les définitions contextuelles de l’agriculture familiale, nous restons toujours sur l’Afrique mais cette fois avec le Niger. Et pour ceux qui s’intéressent énormément aux organisations paysannes d’Afrique de l’Ouest, ils s’imaginent certainement qui a répondu pour le Niger aux questions de la Revue Grain de Sel en 2007.

Il s’agit de l’éleveur Djibo Bagna, alors Coordinateur national de la Plateforme paysanne du Niger, mais élu en 2012 Président de la Plateforme Panafricaine des Réseaux d’Organisations Paysannes :

 « Chez nous, une exploitation familiale est composée d’une famille dont les caractéristiques varient d’une communauté à l’autre (de 20 à 40 membres). Les activités menées sur l’exploitation sont pilotées par un maître d’œuvre qui répartit les tâches. Il y a une hiérarchie et des règles, le plus jeune a du respect pour l’ancien, l’ancien sait comment orienter les choses. Le lien familial est fort. Dans le groupe il peut y avoir des membres qui font de l’agriculture, de l’élevage, un peu de commerce et éventuellement quelques personnes qui sont fonctionnaires.
Aujourd’hui on a de plus en plus tendance à mettre en place de nouvelles règles de fonctionnement. Ainsi on est en train, avec les nouvelles lois modernes, de morceler les terres pour que chaque personne puisse avoir sa part. Il y a des avantages et des inconvénients à cela. Avantages, car les familles augmentent et parfois cela amène des conflits parfois meurtriers. En attribuant une parcelle à chacun on évite ce problème. Maintenant l’inconvénient c’est que tu as aujourd’hui des personnes qui n’ont plus de terre car les parents ne veulent plus donner un petit morceau de terrain à leurs descendants. Ces derniers sont donc obligés de migrer ou, s’ils en ont les moyens, d’acheter d’autres terres. En conséquence, avec ce modernisme, la solidarité entre les communautés et entre les familles disparaît, ainsi que le respect des enfants pour les parents. Même si les règles se maintiennent mieux dans les communautés nomades on commence aussi à voir ce problème. […]
Pour toutes ces raisons, chez nous, la notion d’agriculture familiale a beaucoup de sens. S’il n’y a plus ce système d’organisation cela posera beaucoup de problèmes. C’est ce mode d’organisation qui permet de transmettre des civilisations, des cultures de génération en génération…»

Conclusion : Définition à fort contenu et dans un descriptif cohérent qui présente l’agriculture familiale comme un mode d’organisation permettant de transmettre des civilisations, des cultures, de génération en génération. On pourrait trouver des définitions similaires de l’agriculture familiale dans la zone ouest de l’Afrique francophone. On verra cela avec le dernier billet sur l’Afrique dans cette série.

L'agriculture familiale : que nous disent les experts?

Dossier Expert 5-3 : De la diversité des agricultures familiales – Bénin & Luxembourg

Introduction : Qu’est-ce-que l’agriculture familiale au Bénin et au Luxembourg ? Ce billet qui porte sur la définition de l’agriculture familiale dans ces deux pays est le troisième d’une série de dix billets dont l’objectif est de passer en revue quelques définitions contextuelles des agricultures familiales.

La charité bien ordonnée commence par soi-même dit-on. Le Bénin est ainsi le premier d’Afrique à apparaitre dans cette série des agricultures familiales avec Lionel Guezodjé de la Fédération des Unions des Producteurs du Bénin, qui lui répondait cette année aux questions de Jeunes Agriculteurs et AFDI France. Vient ensuite, en dessous, la réponse de Josiane Willens de la Centrale Paysanne luxembourgeoise,deuxième répondant en Europe aux questions de Grain de sel en 2007.

« Il faut définir ce qu’est l’agriculture familiale. Dans un pays comme le Bénin où le statut de l’agriculteur n’est pas connu, il est souvent difficile de dire de façon carrée qui est agriculteur familial. Ce qu’on dit aujourd’hui, est que c’est l’agriculture pratiquée par les ménages ruraux avec la main d’œuvre familiale majoritairement utilisée sur exploitation. Or, cette définition n’est pas toujours vraie : des petits agriculteurs n’utilisent plus du tout la main d’œuvre familiale, car les enfants vont à l’école. Dans certains cas, c’est donc une main d’œuvre extérieure qu’on sollicite et que l’on paye. Est-ce à dire qu’on ne parle plus d’agriculture familiale, c’est toute la question. On irait alors vers le terme de « petite exploitation »…» Lionel G.

« Pour nous au Luxembourg, une exploitation familiale est gérée par l ’exploitant, qui assume la responsabilité financière, qui a la charge de la production et qui participe aux travaux. C’est une exploitation sur laquelle travaillent les membres de la famille avec éventuellement de la main d’œuvre extérieure. Je crois que le point essentiel est que je ne différencie pas les exploitations selon la taille. Le type et le mode de production ne sont pas non plus des éléments discriminants, il y a dans nos exploitations familiales une grande variation dans les productions qui peuvent être diversifiées ou uniques…» Josiane W.

Conclusion : J’ai trouvé particulièrement intéressant de faire suivre la réponse de Josiane W. de celle de Lionel G. pour deux raisons. (1) On trouve ici une définition apparemment similaire de l’agriculture familiale, c’est-à-dire une exploitation sur laquelle travaillent les membres de la famille. (2) Mais si Lionel introduit le terme de petite exploitation (en raison de la limite avec la main-d’œuvre salariée), Josiane attire l’attention sur le fait qu’il ne faut pas faire de la taille un critère essentiel. Ce qu’illustrait aussi le premier billet sur le Brésil où les exploitations familiales produisent par actif sur à peu près 50ha.

L'agriculture familiale : que nous disent les experts?

Dossier Expert 5-2 : De la diversité des agricultures familiales – France

Introduction : Qu’est-ce-que l’agriculture familiale en France ? Ce billet qui porte sur la définition de l’agriculture familiale en France est le deuxième d’une série de dix billets dont l’objectif est de passer en revue quelques définitions contextuelles des agricultures familiales ; parce que lorsqu’on parle d’ « agriculture familiale », il ne s’agit pas d’ « une agriculture familiale » mais « des agricultures familiales ».

Après un regard sur l’Amérique latine où nous avons essentiellement rapporté la définition de l’agriculture familiale au Brésil, telle que questionnée par Grain de sel en 2007 et éditée en 2008, nous partons sur l’Europe avec la France où c’est Jean Cabaret, Producteur de lait et porte-parole de la Confédération paysanne Bretagne qui répond dans Grain de sel :

« En France, après la seconde guerre mondiale la notion d’agriculture familiale avait un sens. C’était l’exploitation qui produisait pour se nourrir, qui permettait à quelques enfants d’aller dans d’autres secteurs économiques avec cependant une préservation de « la famille ». Or petit à petit à partir des années soixante, l’exploitation ne va plus produire que pour vendre à l’extérieur et en conséquence l’expression « exploitation familiale » n’a plus cours. Je connais des exploitations laitières où aujourd’hui ils ne consomment plus le lait qu’ils produisent, ils vont l’acheter en boite au supermarché ! Aussi pour moi aujourd’hui, « l’agriculture familiale » cela ne veut pas dire grand chose et ce terme peut englober des choses contradictoires. On ne peut pas utiliser le terme d’exploitation familiale pour parler d’une petite agriculture ou d’une agriculture qui va protéger l’environnement car il n’y a pas de correspondance entre ces notions. On peut l’opposer à l’agriculture industrielle, encore que cette dernière puisse aussi être présente dans l’agriculture familiale. C’est pour cela que nous préférons utiliser le terme d’« agriculture paysanne ». C’est un qualificatif dans lequel les gens se retrouvent mieux par rapport à ce contexte d’agriculture plus proche de l’homme, des ressources naturelles et à l’opposé d’une agriculture productiviste industrielle…»

Conclusion : Effectivement, en France et notamment dans les institutions où ce sont les paysans qui sont les acteurs principaux ou réellement les cibles d’intervention, on préfère plutôt parler d’« agriculture paysanne » . Terme que justifie aussi bien l’association de solidarité internationale Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières (AVSF) qui elle mène des actions en faveur des agricultures paysannes depuis une trentaine d’années.